… Aime la cuisine à la française par un talent japonais, Kei Kobayashi

A mon habitude, je suis allée déjeuner chez Kei sans vraiment avoir regardé sur le net ce qui m’attendait. Bien sûr, j’ai entendu parler de sa solide réputation et de l’étoile attribuée par le guide rouge. Mais comme mon esprit parfois simpliste peut faire des raccourcis faciles, je pensais trouver rue du Coq Héron (Paris 1er, à 2 pas de la Librairie gourmande!) une cuisine gastronomique empreinte de « japoniseries » et sous totale influence asiatique. Pas du tout ! Et quelle merveilleuse surprise!

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Non pas que je n’aime pas la cuisine nippone, au contraire. Mais j’avoue un penchant pour la richesse et la gourmandise de la cuisine européenne, qu’elle soit populaire ou haut de gamme.

Et de la gourmandise, chez Kei, il y en a… Bon, ok, j’avoue que je suis moins charmée par les quelques assiettes minimalistes faisant un hommage sous forme de quasi monologue gustatif, au produit. Et là, il y en a, un peu. Mais de l’ensemble de ce déjeuner, je retiens surtout de la rondeur dans la finesse, de la variété de goûts sans perte d’équilibre. Et des belles injections de traditions bien de chez nous.

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Comme ici, la salade de légumes par Kei. Un plat qui traverse les saisons en se soumettant à ce qu’elles apportent. Légumes du moment, croquants, servis sur un lit de mayonnaise d’olive sublime. Quelques notes d’anchois ici et là. Des éclats d’olives noires en crumble. Quelques cubes de saumon fumé. Bref, un joli et joyeux méli-mélo, traité tout en finesse et servi comme une jungle de verdure qui aurait traversé des nuages parfumés à la roquette.

Je me souviens aussi précisément de cette tartelette initiale à la perle de yaourt sur une lichette de sardine (et oignon rouge), accompagnée d’une bonne vieille chouquette aussi fine au visuel qu’éclatante de crémeux quand elle explose en bouche. Je me souviens de l’hyper extra gourmandise à la dégustation de gnocchi géants et sans complexe… Du beurre et du bon pain (détestés parce qu’irrésistibles).

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Et je me souviens d’avoir fini en beauté avec cette sphère-bijou. Une boule de Noël enfermant une symphonie aux agrumes dont on n’ose casser la coque meringuée.

Discutant avec notre charmante hôtesse, je glissais en catiminie ma surprise quant à l’hyper « européanité » de la cuisine de Kei… à voix basse car je ne veux pas faire de gaffe… Elle me répond, tout sourire, que je ne peux faire meilleur compliment au Chef. Car tout japonais qu’il est, grandi entre les couteaux de son Père lui-même Chef au Japon, c’est bien la cuisine française qui l’a fait rêver et avancer, à commencer par les émissions télévisuelles où le cuisinier Alain Chapel avait marqué Kei par le chic du pantalon noir sur la veste blanche… Passé par des nombreux sacrifices, il a atteint son objectif : être formé dans les grandes maisons de l’Hexagone. Chez Gilles Goujon pour commencer, puis au Cerf, et enfin au Plaza Athénée. Visiblement le parcours a porté ses fruits. Et le joli restaurant tout de blanc vêtu, nappé et au service remarquable est une table que je recommande chaudement.

En passant, j’ai fait l’acquisition du livre de Kei. Là aussi, chaude recommandation… A feuilleter ses pages et à lire les recettes, je me suis piquée d’une belle envie d’y retourner.

 Kei

www.restaurant-kei.fr

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